Rome antique: auteurs anciens page 1

Le De amicitia, l'un des derniers traités de Cicéron, s'inscrit dans une tradition de réflexion dont il ne nous reste avant lui que les témoignages de Platon et d'Aristote. Mais Cicéron écrit pour son temps: au lendemain de l'assassinat de César, il définit l'amitié à la fois d'après les concepts grecs et en fonction des conditions sociales et politiques de la vie romaine, avec l'intention d'en faire le fondement d'une renaissance de l'esprit républicain.

Le livre III du De finibus est un des plus élégants exposés de philosophie stoïcienne. Elle n'y est pas toute, évidemment.

C'est Caton, le sage mort à Utique, qui est censé parler. Parler en stoïcien exige une réflexion sur le style, le style de la philosophie en général, et de la philosophie stoïcienne en particulier. On touche là au grand problème de Cicéron, qui est de donner la philosophie à Rome, en la faisant passer du grec au latin. Et ce que montre Caton, c'est comment le sage est à la fois né pour un épanouissement et révélé par une rupture qui le fait d'une essence spécifique. De la grâce d'être sage…

Dans le traité Des devoirs, adressé à son fils à la fin de l'année 44 av. J.-C., Cicéron adapte et poursuit l' uvre consacrée par le philosophe stoïcien Panétius (IIe siècle av. J.-C.) à la question du « devoir », c'est-à-dire de l action appropriée (officium en latin). Il s agit, en fait, de déterminer les formes que revêt l action morale, qui, parfaite chez le sage, ne laisse cependant pas d être conforme à la droite raison chez l aspirant à la sagesse. Or c est bien un tel aspirant que se propose de guider Cicéron, qui, sans rejeter, certes, l idéal stoïcien, s intéresse bien davantage à la réalité concrète du « progressant », qui est au sage ce qu est déjà l esquisse au tableau achevé.

Le premier livre explore le concept d honestum (l honnête, critère de l action morale), qui se distingue du kalon grec qui lui a initialement servi de modèle en donnant à l éthique la priorité sur l esthétique. L honnête se décline suivant quatre vertus cardinales, dont la principale est la justice, et qui portent toutes la marque du convenable, c est-à-dire de leur conformité avec la droite raison, capable de s ajuster tant à la nature humaine en général qu aux circonstances et aux spécificités de chaque individu en particulier. Ensuite, au livre II, Cicéron examine le concept d utile, qu il confronte enfin, dans le livre III, avec l honnête. Il y défend alors énergiquement la thèse selon laquelle on ne doit jamais tenir pour utile ce qui n est pas honnête, car c est en vérité l honnête seul qui, tout bien considéré, est véritablement utile.

Lorsqu'il écrit le Cato Maior, au début de l'an - 44, à l’heure où la République agonisante s’apprête à succomber sous les dagues des assassins de César, Cicéron éprouve cruellement le poids des ans (il a soixante-deux ans).

Il imagine un court dialogue philosophique qu’il situe à l’époque glorieuse de Rome, en - 150. Les jeunes Scipion Émilien et Laelius prennent du vieux et toujours vigoureux Caton (quatre-vingt-quatre ans) une leçon de vie. Les réflexions prêtées à l’ancien censeur de - 184 agissent sur l’auteur de ce traité Sur la vieillesse comme un élixir de jouvence et une consolation dans ses malheurs personnels et ses déceptions politiques.

Des propos forts et clairs, à l’image du caractère bien trempé du personnage principal pour conjurer la peur de vieillir.

Seuls les sots, affirme Cicéron, se lamentent de vieillir. A chaque âge ses vertus, à chaque âge ses plaisirs. En vérité, c'est bien l'art de vieillir qu'il s'agit de réapprendre si l'on veut avancer dans la vie sans aigreur ni regrets. Rédigé en 44 avant J.-C., le fameux traité de Cicéron sur la vieillesse - Cato Maior, de Senectute -, connut un succès considérable qui ne s'est jamais démenti. On le découvrira ici dans une traduction nouvelle. «Un texte essentiel qui défie le temps et se moque de ses outrages. Un livre de sagesse qui est, en même temps, un livre de réconfort.» Pol Vandromme

Cicéron, dans ce long extrait de L'Orateur - traité épistolaire composé à la demande du célèbre Brutus en 46 av. J.-C. - met en lumière les différents ressorts de l'éloquence à travers la figure d'un orateur idéal. Destiné à servir de modèle dans une approche pragmatique de la rhétorique, cet archétype permet à Cicéron de définir l'art oratoire dans sa spécificité, de résumer les tâches de l'orateur, de cerner la culture qu'il se doit de posséder. Il y traite de l'argumentation, des figures de style, de la plaisanterie, de la gestuelle, du ton, et d'autres principes encore, toujours valables et presque nécessaires aujourd'hui pour permettre de mieux comprendre et de mieux pratiquer l'art de persuader.

De sa naissance aux Ides de Mars 44, la vie de César tient du roman. Elle est à tout coup l'une des plus belles pages de l'Antiquité. Elle devient sous la plume de Suétone un récit enlevé, passionnant, riche en anecdotes et parfois en critiques.
« Charmant, jeune, traînant tous les cœurs après soi », le vers de Racine s'applique parfaitement à l'image que nous avons d'Auguste. Le portrait qu'en donne Suétone est plus sombre: derrière le jeune homme se profile, le tyran ou l'empereur, selon les points de vue: fin lettré, Octave, plus tard Auguste, était un piètre soldat, et son génie militaire et politique n'obère ni la lâcheté, ni la cruauté qu'ose prêter Suétone au grand homme.
Malgré un penchant prononcé pour la petite histoire, le texte de Suétone est un chef-d'œuvre de vivacité et de véracité.

Le De vita Caesarum, peut-être l'ensemble biographique le plus célèbre de l'Antiquité, comprend le récit de la vie de Jules César et de ses onze successeurs, d'Auguste à Domitien. Le présent volume contient l'histoire du long règne pacifié de Tibère (14 à 37 de notre ère) et des quatre années de celui, délirant, de Caligula (37 à 41), qui meurt assassiné avant que ne lui succède Claude, dernier survivant de la famille d'Auguste.

Suétone nous a livré des portraits passionnants des empereurs du Ier siècle de l'Empire romain. Soucieux de présenter la complexité de leur personnalité et de leur caractère, il fouille leur vie privée dans ses moindres détails. Avec lui, un nouveau genre littéraire et historique voit le jour : la biographie impériale. Ce livre nous présente Claude (41-54 ap. J.-C.) et Néron (54-68 ap. J.-C.).

Juvénal (60-140) se plut à opposer la dépravation de son temps aux mœurs plus chastes et droites des Romains de la République. Après s'être voué d'abord à la rhétorique, cet ami de Martial commença en effet à composer des satires vers l’âge de quarante ans, lorsque la chute de Domitien, puis le règne de Trajan et surtout d’Hadrien lui permirent d’exprimer le fond de son cœur en dénonçant surtout les abus dont il était témoin dans un art partagé entre le réalisme et l’outrance, l’emphase déclamatoire et la concision du proverbe. Juvénal fut poète politique, doublé d’ un véritable philosophe et d’un moraliste d’inspiration stoïcienne.

Son œuvre est un peu plus importante que celle de Perse: seize satires, dont les premières attaquent des travers précis et dont les dernières développent des thèmes moraux plus généraux. Ainsi la troisième satire évoque les embarras de la Ville, la sixième les femmes, la huitième les nobles ou la dixième les vœux…

Cette nouvelle traduction permet d’apprécier la souplesse de la composition des Satires en même temps que leur véhémence, tout en parachevant le travail entamé par Olivier Sers avec La Fureur de voir (Belles Lettres, 1999) et sa nouvelle traduction, très remarquée, dans la même collection, du Satiricon de Pétrone (2001).

Précurseur du "roman" (avec L'Âne d'or d'Apulée), le Satiricon, dont ne nous sont parvenus que de larges extraits et que le film de Fellini a contribué à populariser, est l'œuvre d'un auteur dont nous ne connaissons que la date de la mort (66 après J.C.). Il dut, semble-il, se suicider après avoir perdu l'estime de Néron, non sans avoir composé un libelle contre ses débauches.

Son narrateur est Eucolpe, qui va d'aventure en aventure dans une ville de la côte, accompagné de son ami Ascylte et de son esclave, le petit Giton (dont on connaît la postérité lexicale). Rejoints par le poète Eumolpe, ils embarquent et font naufrage près de Crotone. Trois temps forts rythment le récit: le repas de Trimalcion, la légende de la veuve d'Ephèse, le séjour à Crotone.

Aux bas-fonds et auberges mal famées arpentés par les déclassés, font écho les dévergondages de la haute société impériale, le tout raconté avec bonhomie, ironie ou parfois naïveté mais aussi parodie et persiflage.

C'est avec le Satiricon que, pour la première fois, un latin "vulgaire", parlé, accède au statut de langue écrite.

Le texte latin est celui établi en son temps par Alfred Ernout, soigneusement révisé par le traducteur, qui donne en annexe la liste et les raisons des variantes retenues.

Dans cette monographie, Salluste relate l'histoire de la conjuration de Catilina, noble dévoyé qui n'hésita pas à agir contre les intérêts de la cité. Patricien ambitieux, pendant un temps au service du dictateur Sylla, Catilina ne parvint jamais à se faire élire consul. Dans les derniers mois de –63, il décida de s'emparer du pouvoir par la force. Cicéron, alors consul, informé de ce qui se tramait, étouffa la conspiration. Les complices de Catilina furent exécutés et lui-même, réfugié en Etrurie, fut mis à mort à Pistoia en février –62.

L'événement que Salluste a estimé "mémorable entre tous par la nouveauté du crime et du péril où il mit l'état" est l'occasion pour l'historien, alors retiré de la vie publique, de réfléchir sur la dissolution de la République qui allait aboutir au principat.

Construit autour de la personnalité de Jugurtha, prince ambitieux, cruel et rusé, mais promis à une fin misérable, le récit de la guerre menée par Rome en Afrique entre 111 et 105 avant J.-C. permet à Salluste de réfléchir aux interactions de la guerre et de la politique intérieure. En effet, ce conflit qui vit s'illustrer Metellus, Marius et Sulla marque aux yeux de l'historien latin le début de la rébellion contre le pouvoir exclusif de la noblesse, véritable préambule aux guerres civiles qui déchireront le dernier siècle de la République: « Je me propose de raconter la guerre que le peuple romain livra contre Jugurtha, le roi des Numides. D’abord parce que ce fut une grande guerre, acharnée et changeante. Ensuite parce qu’elle amena la première contestation réelle du pouvoir arrogant de la nobilitas » (V, 1). L’ouvrage s’achève sur le triomphe de Marius, l’homme de la plèbe dont le courage et la force ont fini par l’emporter sur la vénalité et l’orgueil des aristocrates et sur la détermination d’un ennemi réputé perfide.